Marie Vuillet, franco-colombienne

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L'outrage à Marie

Comme Ingrid Betancourt, Maria Vuillet est franco-colombienne. Comme Ingrid

Betancourt elle défend les libertés. Mais ses propos n’ont pas la même résonance auprès des autorités françaises. Alors que la République vient de réserver à la première un accueil plein de ferveur, et dans un grand fracas médiatique, la seconde est poursuivie par les tribunaux, presque en catimini.

Le 10 juillet 2008 à 9 heures, Maria, assistante sociale à Nanterre, comparaît devant la 28e chambre du TGI de Paris pour outrage au sous-préfet d’Ile-de-France.

RAPPEL DES FAITS

Le 22 octobre 2007, Maria manifeste à la station de métro Guy-Môquet contre la visite de N. Sarkzoy venu lire la "lettre de Guy Môquet" dans le lycée de sa fille. Au sous-préfet d’Ile-de-France lui disant "Attention, madame, je représente la République!", Maria répond "Oui, mais pas celle que voulait Guy Môquet."

Le sous-préfet prétend avoir entendu "Vous êtes facho." Ce que nie Maria ; Le procès, fixé au 16 juin, a été reporté à la demande du sous-préfet. La défense de Maria est assurée par Me Thierry Lévy.


Il est bon de rappeler que les premiers mots entendus par Maria dans la bouche des policiers qui l’arrêtèrent, et la menottèrent très violemment,
avant ses 4 heures de garde à vue, furent:
"Toi, dans deux jours, c’est
  retour au pays !"


CODEDO
(Collectif pour une dépénalisation du délit d’outrage).


http://www.rue89.com/2008/06/16/outrage-a-agent-un-proces-et-le-livre-de-riverains-de-rue89

Le CODEDO, créé en juin 2008 à l’initiative de Romain Dunand et Jean-Jacques Reboux (co-auteurs de "Lettre au garde des Sceaux pour une dépénalisation du délit d’outrage"), et de Maria Vuillet, a présenté ses propositions lors d’une conférence de presse.
http://www.rue89.com/2008/07/03/outrage-suite-le-recit-de-son-audience-par-un-internaute

CI JOINT LE COMMUNIQUE DU
COMITE DE SOUTIEN A MARIA VUILLET

"Ce n'est pas celle que voulait Guy Môquet" répond Maria Vuillet au sous-préfet qui vient de lui dire "Je représente la République", alors que, ce lundi 22 octobre 2007, il se rend au métro Guy Môquet où il est accueilli sous les sifflets de lycéen(ne)s venu(e)s du proche lycée Carnot. S'estimant outragé dans l'exercice de ses fonctions, il porte plainte, affirmant que Maria lui a dit
"Vous êtes facho", ce qu'elle nie fermement. Le 4 février 2008 Maria Vuillet est
citée à comparaître le 16 juin, quatre mois plus tard.

LA DEROBADE.

À l'audience, le public est venu nombreux. Maître Thierry Lévy présente ses quatre témoins au Tribunal. Maria Vuillet est là. Au banc de la partie civile, un avocat, seul : le sous-préfet a eu "un empêchement d'emploi du temps". Stupéfaction dans le public. En termes d'agenda cette date est fixée depuis fort longtemps, il faudra donc qu'il se soit produit un événement exceptionnel pour que le sous-préfet, chef du Cabinet, ne se déplace pas à l'audience. Par ailleurs, pour autant que les fonctions de la partie civile soient importantes, elles ne semblent pas aussi contraignantes que celles du préfet, secrétaire général, et de la sous-préfète, directrice du Cabinet [voir l'organigramme de la Préfecture sur http://www.idf.pref.gouv.fr/etat/organisation.htm].

LE MEPRIS

Parmi les quatre témoins de la défense, trois sont des lycéennes, au cœur de  a  période du Baccalauréat et des concours d'entrée aux grandes écoles, l'une d'entre elles venant de surcroît de grande banlieue. Ces jeunes filles, pour lesquelles le calme et la concentration sont indispensables, se sont tout de même rendues à l'audience, dont on peut imaginer qu'elle représentait, de plus, une épreuve difficile au regard de leur responsabilité face à une lourde accusation portée par un haut-fonctionnaire de l'État. Et ledit plaignant ne vient  pas... Et, en admettant qu'il se soit produit un événement exceptionnel, pas le moindre et simple mot d'excuse. Rien.

LE DENI

Maria Vuillet vit depuis plus de quatre mois dans l'attente de ce jour. Elle est passible de 7.500 € d'amende (un an de son salaire d'assistante-sociale à mi-temps), de six mois d'emprisonnement et de l'interdiction d'une durée de cinq ans d'exercer une fonction publique. De lourdes peines. Sur les dires du sous-préfet de Paris. Le pot de terre contre le pot de fer. Maria est responsable, courageuse, et elle n'est pas seule. Cette audience allait enfin, après toute cette attente, lui permettre, après n'avoir cessé de clamer son innocence, de démontrer que l'accusation était fausse. Et de quitter le Tribunal relaxée. Elle a été privée de ce droit fondamental, sans la moindre explication concrète.

ET LA COLERE

Sitôt le renvoi demandé par l'avocat de la partie civile, le ministère public suit cette demande. Alors même que l'avocat précise que "s'il y a un renvoi, je ne peux m'engager à ce qu'il soit là"... D'autre part, le Code de procédure pénale dit [Art. 425-1°al.] : "La partie civile régulièrement citée qui ne comparaît pas ou n'est pas représentée à l'audience est considérée comme se désistant de sa constitution de partie civile". Le sous-préfet étant représenté, il n'y a donc pas désistement. Ce qui signifie aussi que l'audience peut se tenir. C'est ce qu'a défendu fermement Maître Lévy contre l'avis du Procureur. En vain. L'huissier est venu face au public à deux reprises pour faire cesser les grondements qui  montaient. La Présidente du Tribunal a prononcé le renvoi. Au 10 juillet. Maria attendra quatre semaines de plus.


Pour le Comité de Soutien,
Jacques Monge

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