Notes de Déportation

Publié le par journal La Mée

-    Notes de Déportation : Marcel Letertre : Résistant, Déporté, Chrétien.

Marcel Letertre


Fuyant l’univers des Camps de Concentration nazis , des hommes, des femmes, trouvèrent le moyen de résister à la déshumanisation. Le poète Robert Desnos fut l’un de ceux-là : « le soir avant l'extinction des feux, sur d'informes bouts de papier et à coups de mines de crayon de fortune »  il trouvait le moyen « de griffonner des poèmes » raconte André Bessières.

Germaine Tillion, lors de sa déportation à Ravensbrück, écrivit une opérette « Le Verfügbar aux enfers » et prit de nombreuses notes qui lui servirent ensuite pour son analyse d’ethnologue sur les Camps de Concentration.

D’autres déportés réalisèrent des dessins ou des poèmes qu’ils réussirent à sauver lors de la libération.

Tous ces témoignages, dans leur nudité, sont des documents exceptionnels sur les conditions de vie ou de mort imposées par des hommes à d’autres hommes.

Tachés de sang

Le livre « Marcel Letertre, notes de déportation » est un témoignage à cette hauteur. Patrick Simon-Letertre, a entrepris le décryptage des « petits papiers » de son grand-père, transmis dans le col des chemises sales (lors de l’internement à la prison de Rennes) ou revenus mystérieusement à la famille en juin 1945 dans un étui constitué de deux feuilles de métal assemblées par des anneaux.

Après un bref rappel du rôle de Marcel Letertre à la tête du groupe Buckmaster-Oscar, après le récit de l’arrestation par la Gestapo le 30 novembre 1943, Patrick Simon-Letertre laisse parler les documents bruts, tachés de sang et de sueur.
On y découvre alors un homme, « Résistant, Déporté, Chrétien » qui, en style télégraphique, raconte les interrogatoires (« coups redoublés, figures bestiales » - « angoisses à chaque pas dans couloir ») , son souci de la famille restée à Châteaubriant, de son fils interné aussi à Rennes, des amis arrêtés comme lui, et sa foi inébranlable : « A la grâce de Dieu, tout ce qu’il fait est bien même si nous souffrons beaucoup ».

Déporté dans le « Convoi des Tatoués », Marcel Letertre décrit la sordie réalité comme dans cette note du 30 avril 1944 : « lieu sinistre - pas de végétation ni d’oiseaux (…), fils électrifiés 4 fours crématoires géants - nus pendant 24 h et dépouillés de tout - (…) convoi incinéré à notre arrivée » . Témoignage écrit sur le vif.

Auschwitz, Flöha, la marche de la mort : les notes de Marcel Letertre manifestent le besoin de fixer des points de repère. Pour une histoire ultérieure qu’il ne pourra pas écrire puisqu’il disparut du côté de Terezin (Theresienstadt). Le livre, où la retenue elle-même provoque l’émotion, se termine par une série de témoignages qui permettent de mieux cerner l’homme, sa bonté, sa joie de vivre, sa foi.

    En vente en librairie à Châteaubriant ou à l’abbaye de La Meilleraye ou chez l‘auteur, 5 route de Jouy, 91570 Bièvres - 215 pages - 45 €.

 

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